Pourquoi et comment Andy ?
Léa Cazauran : J’ai connu Andy alors que je n’étais qu’une enfant. Mon père, contrebassiste à l’Orchestre de Paris et ami d’Andy, nous permettait parfois de nous croiser. J’ai ensuite grandi, et j’ai recroisé Andy 20 ans plus tard au Triton. Hervé Fontaine, son filleul et mon ami, m’a appelée pour me dire : « Andy a un projet de fou en musique et danse hip-hop, est-ce que ça t’intéresse ? Si oui, je lui donne ton numéro. » C’est ainsi que nous nous sommes reconnectés. L’échange était alors fluide, nous étions sur la même longueur d’onde, et la possibilité de travailler ensemble s’est imposée comme une évidence.
Avant de mener ce projet avec Andy, quel était ton rapport au jazz et à l'improvisation dans la musique ?
LC : Étant fille et petite-fille de musiciens, mon rapport à la musique, quelle qu’elle soit, et à l’improvisation a toujours fait partie intégrante de ma vie de danseuse.
Comment s'est déroulée concrètement l'écriture du projet ? Andy est-il arrivé avec des partitions sur lesquelles tu as fait des propositions ? L'inverse ? Avez-vous écrit certaines parties à quatre mains ?
LC : Nous nous sommes vus plusieurs fois pour discuter d’abord des idées : à quoi la pièce pouvait ressembler visuellement, combien de danseurs, quel espace nous occuperions, etc. Ensuite, Andy m’a demandé ce que nous aimions musicalement en termes de rythme. Nous avons alors organisé une audition de danse qui l’a inspiré pour composer. Nous nous sommes dit qu’il serait plus simple de composer la musique en premier, en fonction des tableaux imaginés, puis de créer la chorégraphie. Andy m’a alors fait plusieurs propositions, toutes parfaites.
Comment as-tu appréhendé la question de la représentation sur scène, de la performance ? Comment faire écho entre le corps des danseurs et les instruments des musiciens ?
LC : Il a été vraiment challengeant de créer la chorégraphie en seulement trois semaines de travail avec les danseurs, alors que, bien souvent, il nous en faut dix pour réaliser une pièce d’une heure ! Mais une fois lancés, plus rien ne pouvait nous arrêter.
La connexion avec Andy était tellement fluide que la suite s’est déroulée de la même manière. Les danseurs et danseuses choisis, que je connaissais déjà, sont d’excellents virtuoses, très adaptables, tout comme le MegaOctet. Dès que la rencontre a eu lieu entre musiciens et danseurs, c’était magique !
Le sujet qui traverse ce projet est celui de la rencontre : comment l'as-tu traduit dans la chorégraphie ?
LC : Dans la chorégraphie de Make ‘em Move, il était important pour moi que les danseurs et danseuses aient autant de place que la musique, et inversement, que ce soit en solo ou en groupe. Parfois, la musique nous guidait et nous insufflait des qualités de mouvement, et parfois, je demandais aux danseurs de devenir leaders et d’insuffler une énergie aux musiciens. C’était un jeu constant de « je te suis, tu me suis ».
J’ai voulu, à travers la chorégraphie, mettre en avant des émotions fortes, vibrantes, énergiques et joyeuses, mais aussi passionnées, qui prennent aux tripes. Et surtout, j’ai voulu préserver l’essence même de notre danse : le hip-hop.